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(Par Élise Bouëdron et Ken Lohento, publié dans le Bulletin Inter-Réseaux, Janvier – Juin 2016) 

La téléphonie mobile pourrait-elle révolutionner l’accès au crédit en milieu rural? De plus en plus d’initiatives visent à améliorer l’accès au financement des agriculteurs par la té- léphonie mobile. Cet article passe en revue certaines d’entre elles et interroge le potentiel et les limites des services bancaires mobiles pour le financement des agriculteurs.

C’est en Afrique subsaharienne que les services bancaires mobiles sont le plus développés. Selon la Banque mondiale, 10 % des adultes y détiennent un compte permettant d’effectuer des transactions financières depuis un téléphone mobile, contre seulement 1 à 2 % en moyenne sur les autres continents. Ce chiffre atteint 60 % au Kenya. 

 

La banque mobile pour les agriculteurs? 

Ce succès s’explique surtout par la faible présence des institutions financières (IF) en dehors des grandes villes et par le succès de la téléphonie mobile. Ces services permettent d’effectuer des opérations financières depuis un téléphone mobile ; ils peuvent être proposés par des IF, des opérateurs téléphoniques ou des entreprises. Les services les plus couramment utilisés sont les paiements de particulier à particulier. Mais d’autres initiatives se développent depuis quelques années. Elles permettent par exemple de dé- poser et de retirer de l’argent, de consulter son relevé de compte, ou même de faire une demande de prêt. 

Obtenir un prêt par téléphone. 

Ensibuuko par exemple est une start-up ougandaise qui permet à des coopératives d’épargne et de crédit — les Sacco (Saving and Credit Cooperative Organizations) — d’offrir des services financiers mobiles à leurs clients grâce à une application mobile : MoBis (Mobile Banking & information software). Les agriculteurs consultent leurs relevés de compte et effectuent des demandes de transactions financières depuis leur téléphone. Toutes les demandes de prêt et de transactions financières sont traitées au niveau de la coopérative, sur le serveur informatique où sont numérisées les données bancaires. Ensibuuko a été au départ imaginé par des agriculteurs ougandais. Puis la plate-forme mobile a été développée en 2013 avec le soutien du CTA par un groupe de développeurs volontaires. Aujourd’hui le service rendu par Ensibuuko est facturé à chaque coopérative d’épargne et de crédit pour un montant proportionnel aux nombres d’utilisateurs de son serveur informatique (cela peut varier de 500 à 2000 dollars par coopérative). Les agriculteurs eux ne paient à Ensibuuko que le coût de la transaction, soit 0,02 dollar l’unité. 

Musoni Services vise également à faciliter l’accès au crédit. Il s’agit d’une structure de micro-crédit qui utilise presque exclusivement les services mobiles. Dans les zones isolées, l’agriculteur peut communiquer avec l’IF grâce à un système de SMS et, s’il n’a pas de portable, créer son compte et effectuer ses opérations grâce aux agents de terrains munis de tablettes. Cette entreprise est présente aujourd’hui dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est ainsi qu’au Myanmar.

Améliorer la crédibilité des agriculteurs. 

D’autres services mobiles ne sont pas à proprement parler des services bancaires, mais facilitent l’accès au crédit des populations. FarmDrive par exemple est une application kenyane qui propose un outil de profil de crédit détaillé. Les agriculteurs remplissent des informations simples de productivité ou de comptabilité. Sur cette base, FarmDrive élabore des rapports permettant de confirmer la crédibilité et la solvabilité des paysans bénéficiaires. 

Ces rapports améliorent la compréhension des agriculteurs de leur propre exploitation et sont utilisés lors de la demande de prêt auprès d’IF. FarmDrive collabore avec Musoni qui fournit le crédit, et sa fonction d’intermédiation a permis à Musoni d’accroître de 30 % le nombre des paysans bénéficiaires de crédits.

Réduire les risques et les coûts, rassurer les banques. 

Le principal avantage d’un service mobile est la possibilité d’effectuer ses opérations à distance de l’IF et donc d’étendre l’accès aux services financiers aux zones rurales reculées. Les transactions sont aussi plus rapides; traditionnellement, un versement de prêt peut prendre une quinzaine de jours, contre seulement une à deux heures avec un compte mobile. 

Dans une certaine mesure, le service mobile pourrait amorcer un cercle vertueux. Il concerne en effet essentiellement des personnes qui n’ont jamais été bancarisées et familiarisent ainsi celles-ci avec les services bancaires et des notions de gestion des comptes. 

Un certain nombre de petites coopératives de crédit peinent à fournir un service suffisant du fait d’une mauvaise gestion; beaucoup sont sujettes aux fraudes et aux erreurs de saisies, notamment en raison de leur comptabilité manuelle. Grâce à la numérisation des données sur le serveur, les opérations sont consultables et vérifiables à distance par des fonctionnaires gouvernementaux.

Illettrisme numérique et financier. 

À part M-Pesa au Kenya (cf. encadré), ces initiatives restent toutefois encore relativement réduites. Aujourd’hui, près de 400000 agriculteurs utilisent la plateforme d’Ensibuuko en Ouganda à travers les Sacco, soit un peu plus de 1 % des agriculteurs du pays. Ils étaient 100000 à recourir à Musoni en Afrique et en Asie en 2015. FarmDrive, plus modeste, a déjà collaboré avec plus de 3 000 agriculteurs. Le principal frein au développement de tels services est le taux d’illettrisme numérique et financier en milieu rural, mais également les problèmes de connectivité et d’énergie.

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Lire la suite ici sur le site de Inter-réseaux (y compris des statistiques, encadrés et autres précisions)

 

 

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