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Synthèses du second forum thématique Africa_net (février-mars
2003)
A propos de la liste de discussion Africa_net
Télécentres en Afrique (thème 1)
Milieu rural et TIC (thème 3)
SYNTHESE DU THEME
1 DU SECOND FORUM THEMATIQUE AFRICA_NET :
http://fr.groups.yahoo.com/group/africa_net/
" Télécentres en Afrique : durabilité, relations-privés/communautaires..
:"
du 10 au 24 février 2003
Animation: Ken Lohento (Bénin), Moustapha Mbengue (Sénégal)
Le lancement du thème " Télécentres en Afrique . " a marqué le démarrage du second forum thématique organisé sur la liste Africa_net (10 février au 29 mars 2003). Pour nourrir les réflexions, deux textes de lancement ont été proposés par les deux animateurs du thème. Ces textes présentaient différentes problématiques que les contributions ont traité, tout en abordant d'autres questions. On peut structurer ces interventions sur les axes suivants : terminologie et typologie des télécentres et des services, services payants ou gratuits, durabilité, rentabilité et financement, usages, pertinence des contenus, questions techniques. Cette structuration qui n'est pas étanche, rend surtout compte de l'importance des contributions obtenues sur ces différents axes. Dans le texte, nous utilisons les initiales des contributeurs pour les désigner ; le lecteur est invité à se reporter en fin de document pour consulter les noms entiers des intervenant(e)s ainsi qu'une liste des documents diffusés sous forme de liens.
1. Terminologie et
typologie des télécentres et des services
Si les contributions s'accordent à entendre par le vocable " télécentre
" une structure proposant des services collectifs d'information et de communication
(téléphone, internet, etc.), la différence entre les trois
termes " télécentres communautaires ", " télécentre
" et " cybercentre ou cybercafé " ne semble pas évidente,
par rapport aux types de services proposés ou à proposer, et aux
porteurs de ces projets (association, service de l'Etat, entreprise privée).
En effet, quand est-ce qu'un télécentre est dit " communautaire
" ? Comment définir si un télécentre géré
par une association est " communautaire " surtout si les services
sont payant comme dans chez les privés ? Si des réponses et un
consensus clairs n'ont pas été obtenus sur ces questions, on peut
noter les remarques intéressantes de certains contributeurs Ainsi, RS
définira le cybercentre comme " un télécentre (téléphone,
photocopie, fax...) offrant des services internet. " ; pour OL, "
un centre d'accès communautaire (CAC) est bien (et doit être) différent
d'un cybercafé. " ; Un CAC est un lieu de rencontre et de promotion
des TIC pour la communauté, à cet titre son objectif premier n'est
pas de faire du bénéfice, mais de promouvoir les TIC, de former
les novices, de permettre l'accès au plus défavorisés "
; SO dira " Nous constatons en Afrique (Sénégal, Burkina,
Mali...) qu'il y a peu d'accès communautaire au vrai sens du terme. Les
quelques accès communautaires qui existent ne sont pas situés
toujours dans des endroits où il y a la demande ". On peut aussi
noter que " Les termes existant pour désigner la même réalité
(à la base) sont trop nombreux, et ceci à cause notamment du désir
de visibilité des différentes institutions appuyant la mise en
place des télécentres ". (KL). On a ainsi les PAJE, (Point
d'Accès aux Inforoutes pour la Jeunesse) les CMC, (Centres multimédias
communautaires), les TCP (Télécentres Communautaires Polyvalents
", etc.
2. Services payants
ou gratuits
Un débat vif a émergé à propos du caractère
gratuit ou non des services dans les télécentres servant les classes
défavorisées, et en général dans les services proposés
aux populations, qu'ils aient trait à la communication ou pas. SO recommande
de " Ne jamais faire une formation gratuite. Ce qui est gratuit n'a pas
de valeurs ou cache un piège, pensent les gens le plus souvent . . J'ai
constaté que sur 10 personnes que l'on forme gratuitement, 1 personne
termine la formation. Par contre, 100% de ceux qui paient termine la formation
et viennent même régulièrement
.C'est une loi naturelle
de payer un bien ou un service. La gratuité nous a conduit à l'accoutumance
dans la consommation de certains produits et services et après on était
obligé de les acheter à prix d'or.". DJ contestera cette
opinion en déplorant le fait que les africains soient sensibles au discours
internationaux sur le " tout privé " : " Je plaide pour
la gratuité des services y compris de santé, d'éducation,
d'information et de communication dans les zones rurales et dans les zones de
pauvreté
Je vois que dans les pays développes riches tout
le monde plaide pour l'accès a internet gratuit dans les écoles,
dans les administrations, dans les lieux publics
Tout le monde plaide pour
la gratuite des soins SIDA sauf les africains cela les dérange de faire
gratuitement les choses... Dans les villages visites en Afrique les gens déterrent
des racines pour survivre...L'expérience des radios rurales communautaires
à service entièrement gratuit pour les populations villageoises
gérant en autogestion leur outil est la pour prouver que l'associatif
et le communautaire peut marcher ! ". SB précisera que " la
demande d'initiatives privées et commerciales vient surtout des bailleurs
de fonds (USAID ne finance des projets que s'ils sont commerciaux à 100
%) et de organismes de tutelle comme le FMI ". D'autres contributeurs tels
DR soutiendront OS " Nous organisons des formations gratuites et nous sommes
désagréablement surpris que le travail que nous apportons, les
moyens mis en uvre ne semblent pas pris en considération par les
élèves. Ceux ci viennent, repartent, décalent à
volonté les rendez-vous "). D'autres adopteront des positions médianes
comme AD, EM : " Il me semble nécessaire de distinguer les actions
qui nécessitent un investissement psychologique de la part de ceux qui
en bénéficient (par exemple l'accès à des formations),
des actions qui ne font pas intervenir cette notion de motivation (par exemple
l'accès aux soins médicaux)
. Mais la gratuité n'est
peut être pas souhaitable dans tous les domaines, notamment lorsque la
motivation entre en jeu " ; KL : " on peut faire de la gratuité,
mais ciblée, ponctuelle
En contre partie des services payants nous
menons beaucoup d'autres opérations gratuites : l'information sur les
TIC au Bénin, l'organisation de conférences et manifestations
de sensibilisation gratuites, etc. ".
3. Durabilité,
rentabilité et financement
Cette question a été également l'une des plus abordées.
Elle a été traitée, par rapport à l'implantation
des services en zone rurale ou urbaine, et par le mode de gestion de l'initiative
(privée ou non, associative), même si les intervenants ne précisent
pas toujours le type d'initiatives à laquelle il(s)/elle(s) réfère(nt).
Le constat général est que les télécentres connaissent
de graves problèmes de durabilité et de rentabilité, qu'ils
soient privés ou non, appuyés par des institutions internationales
ou non. MMb constate au Sénégal que " Les télécentres
communautaires subissent de plus en plus la loi des grandes entreprises commerciales.
De plus en plus de télécentres mettent la clé sous le paillasson
puisqu'ils n'arrivent pas à suivre la concurrence déloyale des
mandarins. J'en ai pour preuve la chute de Metissacana premier cyber d'Afrique
de l'Ouest qui a fini par céder à la pression de Sonatel "
Il se demande si un " fournisseur d'accès également concurrent
des télécentres (ses clients) peut être objectif dans les
services qu'il fournit aux clients ? ". SO lui répond en partie
: " les providers internets n'arrivent pas à s'en sortir : ils sont
donc obligés de se rabattre sur des secteurs rentables en utilisant leurs
lignes spécialisées et casser le coût des accès internets
". PD constate une guerre des prix aboutissant à la fermeture de
certains cybercentres : " Les ISP n'ont pas baissé les coûts
de la connexion mais les cybercentres baissent tous les jours leur tarif réduisant
la marge bénéficiaire au strict minimum". AH précisera
en parlant du cas du Bénin : " ceux qui ferment sont pour la plupart
du temps de simples hommes d'affaires qui n'ont pas la technicité. Si
en plus des énormes charges l'exploitant d'un télécentre
doit faire appelle aux services d'un prestataire, il se retrouve finalement
avec des charges largement supérieures à ses recettes. Mieux,
il y a un autre cas
c'est celui des messieurs qui ont besoin d'une activité
pour blanchir de l'argent sale
Ils cassent les prix et continuent d'ouvrir
malgré les pertes successives qu'ils enregistrent ". TON fera remarquer
que la concurrence a quand même eu ses bons côtés avec la
baisse des coûts de navigation (de 6000 FCFA à 1000 F par heure
au Gabon). MB se demandera si on doit " parler de modèle économique
et/ou de modèle socialisant (créateur de tissu social autant que
de savoir et/ou de richesse ? ". RS, soutenue par d'autres, affirmera que
la survie des " cybercentres " dépend de la loi du marché
et que " les moins efficaces mourront ". MM précisera : "
S'il s'agit d'une affaire commerciale comme c'est souvent le cas, il me semble
que le sort de l'activité est celui de toute affaire commerciale
En
ce qui concerne les initiatives associatives, on pourrait penser à un
modèle de recouvrement des coûts, à l'exemple de ce qui
est fait par exemple dans le secteur de la santé
l'élaboration
du projet doit intégrer l'implication de la communauté bénéficiaire,
et les principes de bonne gouvernance". Pour SO, " Les télécentres
qui s'insèrent dans une dynamique déjà existante (ONG,
Associations, Mairies, Hôpitaux, écoles et collèges...)
sont aussi plus solides. Plusieurs frais sont réduits: locaux, électricité,
gardiennage... L'erreur que l'on commet le plus souvent, c'est de croire au
bénévolat..". Conséquence, des initiatives internationales
de télécentres sombrent surtout lorsque les financements de départ
arrivent à terme, pourtant les bailleurs sont informés des problèmes
de durabilité que connaissent les télécentres parfois avant
même de les mettre en place. L'avenir des structures créées,
est alors en question : " Après la valse des expériences
pilotes subventionnées, qui continuent encore à certains endroits
(pour l'instant) que fera - t-on ? Que feront les porteurs des projets locaux
? Que fera l'Etat ? La responsabilité des éléphants blancs
risque d'être collective ! " (KL). TN a semblé alors proposer
qu'on ferme simplement les télécentres communautaires ayant des
difficultés économiques, d'autant qu'ils auraient déjà
atteint leur " double objectif : susciter l'intérêt des futurs
entrepreneurs et sensibiliser à l'Internet les jeunes désormais
futurs clients ". L'organisation des accès collectifs en réseau
(associations, collectifs) a été envisagée comme un moyen
d'action efficace. Des contributeurs engagés dans de telles initiatives
ont alors parlé des difficultés de fonctionnement de ces associations
dans leurs pays.
Sur la question d'implication de la communauté précisément
dans les zones rurales, KL remarquera que " Même avec l'intervention
des populations, la viabilité n'est pas souvent réelle, car, ce
n'est pas souvent prouvé que les communautés rurales aient tellement
besoin de l'internet qu'elles soient prêtes à financer les télécentres
". SO déplore qu'on oublie que ces populations utilisent des médias
traditionnels. JS s'étonne : " Ce qui est un peu artificiel à
mon avis c'est l'obsession par l'application des télécentres communautaires
au monde rural. L'auto-suffissance d'un télécentre devrait être
toujours cherchée pour qu'il soit soutenable à la longue, et cela
exige une concentration de population importante : milieu urbain
J'ai
écouté dernièrement la présentation de plusieurs
projets de télécentres en milieu rural où j'avait l'impression
que la moitié du projet avait pour bout de créer le besoin et
l'autre moitié de le satisfaire ! ". Son point de vue est légèrement
contestée par MMb qui affirme : " dans certains des coins les plus
reculés de mon pays des immigrants sénégalais envoient
encore des mails à leur parents qui ne savent ni lire ni écrire
encore moins utiliser un clavier. Ces parents se contentent de faire traduire
le message par le gérant et de dicter leurs réponses ". DB
n'en dit pas moins : " ce débat qu'"Internet doit être
réservé aux lettrés, à ceux qui peuvent se payer
un micro et une liaison" je le rejette ". Pour RS, la diffusion de
l'internet dans les communautés rurales peut être aussi facilitée
par la théorie du two-step flow of communication: " En ce qui concerne
les centres communautaires, même les paysans analphabètes ou non
peuvent y aller. Seulement et si seulement si la communication à deux
étages aboutit, ie (ex des sociétés Mossé) si le
feu vert est donné par le Chef quand bien même ceux-ci sont informés
de l'utilité des centres.". BS n'en pense pas moins, en parlant
des résultats positifs qu'on obtient lorsqu'on explique aux populations
les avantages qu'elles peuvent en tirer. Des contributions ont affirmé
que certaines expériences étaient plutôt concluantes. SN
affirmera : " il ne faut pas croire que le villageois qui n'a actuellement
pas accès à certaines informations, ne rêve pas secrètement
d'avoir certaines connaissances. ". JS reconnaît toutefois "
qu'il faut être prudent avant de donner des règles générales,
il peut avoir certains cas où quelque chose n'a pas de sens et la même
chose réussit bien ailleurs. "
Répondant à la question de savoir si l'Etat ne pouvait pas venir
en aide aux " télécentres populaires ", contribuant
à la démocratisation des NTIC, OL affirme qu'un centre d'accès
communautaire " ne peut pas fonctionner avec un busines plan, mais plutôt
sur la base de subventions, cotisations des membres et autres aides. Le tout
étant de permettre la pérennisation des activités du centre
et non de faire des bénéfices dans une logique commerciale ".
SO les comparent à un centre social, en affirmant qu' " un centre
social ne peut jamais être autonome à 100%. ". Soulignant
le rôle prépondérant que l'Etat doit jouer, CA indique :
" qu'aucun commerçant n'irait installer les cybers ou télécentres
dans une brousse sans un accompagnement où le peuple est analphabète
et où il n'y a pas un grand flux d'activités. " ; KLas a
renchérit : " le développement des télécentres
en Afrique est aussi l'Affaire de l'Etat .Par exemple le cas Burkina Faso, l'Etat
est gestionnaire et propriétaire de l'internet, même les opérateurs
(ISP) privé ont un débit et une tarification tributaire de ceux
de l'Etat. Aussi la simple ligne téléphonique connaît le
même problème. Il y a des zones ou quelque soit ta fortune tu ne
pas avoir le téléphone fixe ". DB contestera son opposition
au financement des initiatives privées : " Ce débat que l'"Etat
doit subventionner les telecentre privés" pour que certains s'en
mettent plein les poches et que d'autres se trouvent des missions civilisatrices
et moralisatrices en se plaçant comme providers zèles je le rejette
". Quant à PV il indique que : " Quelles que soient les bonnes
volontés associatives ou des porteurs de projet individuels, sans une
volonté réelle des pouvoirs publics d'investir dans cette démocratisation
numérique, les réalisations, même si elles seront toujours
très utiles, resteront marginales. ". JLR donnera l'exemple de la
France : " jusqu'a maintenant
la plus grosse aide de l'Etat Français
en matière de politique d'accès public à l'internet est
une aide au FONCTIONNEMENT puisque l'Etat finance 80% du salaire mensuel des
emplois-jeunes
L'aide aux associations via des subventions est possible
tout comme le recours a des fonds de fondation. D'autre part, sur le plan principalement
de l'investissement - et de la formation du personnel- il existe des crédits
le plus souvent régionaux, complétés souvent par des fonds
européens. ".
Des exemples de divers pays africains et non africains ont été
donnés pour montrer que le pouvoir public intervient déjà
pour appuyer ces initiatives. Le sentiment général était
donc que l'appui de l'Etat puisse être non seulement consolidé,
mais que les activités de formation aux NTIC mais également à
la gestion des télécentres soient assurées, au risque de
voir les initiatives sombrer à terme (PYG et DG).
Usages dans les télécentres
Les contributions des participants au forum ont également beaucoup abordé
cette thématique. La question principale était d'appeler ou non
à un usage " socialement utile " des NTIC, en particulier lors
des séances navigation. MMb a introduit cette question en écrivant
: " certains jeunes de Dakar ne se branchent que pour faire de la "e-drague
". Ils passent des heures au Chat pour dire des banalités à
une fille qui est au bout du monde
". Et il demande : " Est
ce que n'importe qui peut gérer un télécentre ? Ne faudrait
il pas réserver cette tache à des éducateurs capables d'accueillir,
d'orienter et d'assister sans imposer et sans vexer tous les jeunes (les plus
gros clients des télécentres) ? TON a approuvé MMb en indiquant
que " la plupart des jeunes utilisent l'outil pour suivre des images pornographiques,
les tchatches, amour.com, et que sais-je encore sous l'oeil complice des gérants
qui ne semblent se préoccuper que de leurs gains...Il serait souhaitable
que l'on arrive à former les tenanciers des télécentres
pour que l'outil soit réellement utilisé dans une option de développement
". VT affirmera que " nos " populations ne sont pas matures et
qu'il faut les canaliser et que " la logique du policier n'est pas mauvaise
dans la mesure où nous savons que nous fonctionnons très souvent
au bâton". Ces positions vigoureusement contestées par d'autres
contributeurs. Par exemple Tehache. répliquera en ironisant : "
Pourquoi ne pas tout simplement mettre un policier dans chaque télécentre,
ce serait encore mieux...L'Africain est comme tous les autres humains, il aime
les loisirs, le sexe
.Avec les années ils (jeunes) s'assagiront
tous (en tout cas la plupart) sans aller vers des carrières en rapport
avec l'industrie du sexe ". Toutefois, TON insiste : " Faut-il au
nom de la démocratie laisser l'installation de l'anarchie ? Des jeunes
de moins de 15 ans qui suivent des images pornographiques dans les télécentres,
je pense que si c'est au nom de la démocratie, alors la démocratie
est une mauvaise chose
Et pour ma part les télécentres doivent
jouer un bien meilleur rôle: sans pour autant interdire le divertissement
(utile pour la jeunesse) on peut cependant le canaliser, car il y a des bons
et des mauvais divertissements ". SN renchérira : " je pense
que ce serait une grave erreur que d'affirmer que l'on doit laisser les élèves/collégiens/lycéens
décider du contenu qu'ils ont envie de voir. Ce serait une démission.".
SO a rappelé le débat ayant eu lieu l'année antérieure
sur les enjeux culturels de l'internet, qui avait tout en reconnaissant la pertinence
de cet argument, montré sa relativité et les difficultés
de son application, d'autant que les jeunes sont également en face de
la pornographie à travaux d'autres canaux. Il apparaît qu'il faut
adopter une position médiane.
La pertinence des
contenus
La question des contenus a également été abordée,
non seulement dans le cadre de leur consultation dans les télécentres
mais aussi de façon générale. SB à provoqué
le débat en écrivant : " Cette question du contenu m'agace
beaucoup. Il suffit de passer une heure dans un cybercafé en Afrique
à regarder par dessus l'épaule des clients pour voir que l'application
la plus utilisée, et de loin, est le courrier électronique
Avec Internet, on ne doit plus se préoccuper de contenu : comme avec
le téléphone, on crée un média, pas un spectacle.
". PM répliquera : " Il ne suffit pas d'avoir le média
pour avoir le message, tout comme avoir une langue (l'organe physique) ne suffit
pas à parler bien, clairement et avec les mots venant aisément...
Le courrier électronique est une chose, mais la numérisation de
nos savoirs et cultures, et leur "présentation" via le web
est le véritable challenge
. Les utilisateurs veulent se connecter
sur des sites de Wemba, de Youssou qui soient localisés à Dakar,
à Kin ". Dans le même ordre d'idée, KL s'étonnera
: " Même si le courrier électronique est en Afrique, comme
dans le monde entier, l'application la plus utilisée, cela justifie t-il
le fait qu'il n'y ait pas un besoin de contenus locaux à créer
?
N'est-il pas utile que des agents travaillant dans le secteur rural
puisse avoir une plateforme d'informations en ligne (sorte d'extranet) qui puisse
leur permettre de pouvoir, depuis les diverses localités du pays, s'y
référer pour mieux faire leur travail, plutôt que de se
déplacer sur des kilomètres ou d'attendre la poste à chaque
fois pour avoir l'information recherchée ? Etc. ". PV approuvera
en indiquant : " Je pense que les cybercentres peuvent avoir un rôle
important à jouer en terme de formation et de création de contenu.
Ils pourraient devenir des centres de capitalisation et de diffusion du savoir,
en les couplant peut-être avec d'autres medias tels que la radio dans
les zones les plus reculées. ", alors que MMb affirmera : "
Le net Africain se fera avec un contenu ou ne se fera pas ". SN quant à
lui précisera : " Dire qu'il suffit de numériser les contenus
existants et a mon avis assez simpliste. Il y a toute une démarche à
créer d'abord : d'abord être sur d'avoir des utilisateurs (ça
parait évident, mais ce n'est pas si sur), savoir comment le leur présenter
et pouvoir faire vivre ce contenu. Toute cette démarche n'est malheureusement
pas encore ancrée dans la mentalité des "faiseurs de contenus
africains" ".
Questions techniques
Les contributeurs du forum ont également réfléchi sur les
aspects techniques liés au fonctionnement des télécentres,
tout en l'élargissant sur des problématiques générales.
Ainsi JMM s'est demandé s'il ne fallait pas uvrer pour l'optimisation
de la bande passante africaine puisque son coût contribue à alourdir
les dépenses, entre autres au niveau des télécentres :
" Ne trouvez vous pas cela paradoxal que la majorité des africains
" checkent " leur mails Yahoo ou Caramail....c'est à dire qu'un
malien pour envoyer un mail de Bamako à Dakar a de fortes chances d'utiliser
un compte Yahoo
c'est-à-dire utiliser cette bande passante internationale
(si chère) ". MMb se demandera si l'utilisation des logiciels libres
ne pourraient pas contribuer à la réduction des charges au niveau
des télécentres, logiciels pour lesquels SO réaffirme sa
réserve : "Je ne veux pas d'un internet libre qui nous maintient
dans un environnement esclave où je ne suis qu'un simple consommateur
; En fait, rien n'est libre, on quitte un environnement pour aller se rendre
prisonnier dans un autre. ". DO, rappellera qu'on a " tendance à
penser qu'une fois l'ordinateur branché est fourni, l'accès est
établi ...Quels logiciels, claviers conviennent mieux aux besoins, comment
mieux faciliter l'emploi de l'audio par les utilisateurs, quelles langues faut-il
supporter dans des sociétés multilingues, etc. ? C'est une question
qui concerne avant tout les télécentres ". Il s'interrogera
également sur la conformité entre la disposition du clavier et
les langues des utilisateurs : " si on veut saisir quelque chose dans une
langue qui utilise des caractères non prévus par les claviers
et dispositions de claviers standards, comment faire? C'est effectivement un
empêchement pour utiliser beaucoup de langues africaines. ".
Partage d'expériences
et de documents
Au total dans la discussion du thème, des expériences de divers
pays ont été présentées ou mentionnées (Bénin,
Burkina Faso, Gabon, Mali, Sénégal, Niger, Congo, France, Belgique,
Brésil, etc.). Différents documents (liens) ont été
proposés aux abonnés de la liste. Les mentions entre parenthèses
représentent les initiales des personnes les ayant proposés. Plus
de 140 messages ont été envoyés au total sur ce thème,
dont plus de 90% correspondant au thème. Quarante-trois personnes on
contribué, dont au moins deux femmes.
Liens des documents proposés (non exhaustive parce que certains documents
étant contenus directement dans les messages):
- "Comment bâtir un telecentre? http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001230/123004e.pdf",
(JMM)
- http://www.iafric.net/div/ouvrages/coralie.htm note de lecture sur le livre
" Les accès publics d'accès à l'internet " (KL)
- Etude sur les NTIC au Burkina http://www.burkina-ntics.org/publica.html ;
(SO)
- Etudes sur les espaces publics en France http://www.123interview.com/Rapport-EPM
- Appel d'offres a/s télécentres au Bénin http://www.gouv.bj/offre/pnud1.htm
(CA)
- Expérience d'accès gratuit par les logiciels libres au Brésil
http://www.mediasol.org/xarticle.php3?id_rubrique=8&id_article=2972; (PV)
- Initiatives internationales de télécentres http://intif.francophonie.org/PAJE/;
http://www.f-i-a.org/reseau-paje/, http://www.unesco.org/webworld/build_info/gct/index.shtml
; http://www.idrc.ca/pan/teleproj.html ; (KL)
- Textes sur les télécentres et leurs durabilité http://www.developmentgateway.org/ict/telecenters
(DR)
- TIC dans le monde rural http://www.ictdevagenda.org/frame.php?dir=07&sd=10&id=364
; (GL)
- Espaces publics en Belgique : http://www.veille-citoyenne.be/download/EPN_Wallonie_A5.pdf
; (DR)
- Logiciel libre de gestion de télécentre créé en
France http://epnadmin.pierrefitte93.fr/ " (PV)
- Expérience WIFI en milieu rural, http://www.jhai.org/jhai_remoteIT.html
; (L)
- Etude des cas indiens http://www.ticad.gouv.bj/ppt/Rajesh-fr_fichiers/frame.htm
(L)
- " La folie du web au Burkina) http://www.afrik.com/journal/decouverte/?dec-712-10.htm
- Evaluation des télécentres http://www.educ-pop.org/379 (PV)
Contributeurs
ALI DAO (AD)
ARMAND MAVINGA
Lassana KABORE (KLas)
Baudouin Schombe (BS)
Brice TOFFOUN (BT)
Christian Akplogan (CA)
Dacosta Aly
Denis Pansu
Djiby Bathily
Djilali Benamrane (DB)
Don Osborn (DO) Emmanuel Lacroix (EL)
Tanguy NZUE OBAME (TON)
Fullsack Jean-Louis (FJL)
GBAGUIDI Donaldine (GD)
George(s) Lessard (GL)
Guy Raoul GBAGUIDI (GRG)
Javier Simó (JS)
Jean Michel Mas (JMM)
Ken Lohento (KL)
Lawase Akpolou
Leguss (Roland) MALIN AMANI (MA)
Jean-Luc RAYMOND (JLR)
Michel Bongiraud (MB)
Misse Misse (MM)
Moustapha MBENGUE (MMb)
Ousmane Ly (OL)
Patrick Yvon GANKPA (PYG)
Paul MOUKETA (PM)
Pierre DOVONOU (PD) Philippe Villette (PV)
Rakotonoera Denis (RD)
Ramata Sore (RS)
S. ABOU GUIGMA
Seydina Ndiaye (SN)
Stephane Bortzmeyer (SB)
Sylvestre.ouedraogo (SO)
Tehache
Tshimbulu Ntambue (TN)
Vivianne Tchatchoua (VT)
Xulucity
Synthèse réalisée par Ken L. avec l'appui de Moustapha M.
Ce document est une
production de la liste africa_net.
copy left - Africa_net
Synthèse du débat 3 intitulé Monde rural et NTIC
(10 au 23 mars 2003)
Liste de discussion
Africa_net , second forum thématique
http://fr.groups.yahoo.com/group/africa_net/
Par
Ramata SORE
Djilali BENAMRANE
Le concept " monde rural " peut s'appréhender selon un domaine d'intérêt ou d'activité. D'une façon générale donc, on peut concevoir le monde rural comme les zones non couvertes par un accès réseau (téléphone, ou Internet, ) Le réseau téléphonique est un service basique. Alain ROBLIN DEMONT. En outre, nous pouvons dire que le monde rural est caractérisé par les activités d'élevage, d'agriculture, par un accès limité ou inexistant à l'eau, à l'électricité, à l'éducation, aux soins de santé primaire ou et spécialisés...
Pour Sean Kane, le
terme TIC englobe une multitude d'équipements, de
logiciels et de services, allant des systèmes de communication par
satellite, en passant par les cabines téléphoniques dans les régions
rurales, des programmes de radio numérique, de l'Internet et des banques
de
données électroniques, aux services d'e-commerce via le Web. De
manière
générale, les technologies de l'information et de la communication
(TIC)
peuvent être considérées comme les technologies qui facilitent
la
communication, ainsi que le traitement et la transmission par voie
électronique de l'information. Cette définition englobe l'ensemble
des TIC,
allant de la radio et de la télévision, aux téléphones
(fixes et mobiles),
aux ordinateurs et à l'Internet.
Dans le contexte du développement ou de la relation Monde rural et TIC, on considère que l'interface avec les systèmes et les outils de communication traditionnels est également importante.
Le monde rural est
confronté à des contraintes et des défis considérables
dans le domaine des TIC : peu de temps à consacrer à la formation
et à l'utilisation des TIC,
accès limité aux technologies telles que la radio, le téléphone
mobile ou l'ordinateur et privation d'informations adéquates, traduites
dans les langues et adaptées à au contexte rural.
Toutefois, Alain ROBLIN DEMONT, pense que pour assurer un accès du monde
rural aux TIC, il faut des investissements et la formation des utilisateurs.
Mais les coûts de fonctionnement doivent bien être couverts par
les utilisateurs eux mêmes et trouver les moyens d'assurer la maintenance
des installations.
Somme toute, les
uns pensent que les usages des TIC pour le monde rural reste en grande partie
à inventer par les utilisateurs eux-mêmes. Or comme le dit Ken
LOHENTO, l'usage des " nouvelles " technologies doit s'adapter au
contexte social dans lequel elles doivent être utilisées, en intégrant
les médias traditionnels (des messagers, de la route, que des tambours)
La vulgarisation des tic par l'initiative associative peut être une des
solutions. L'association part d'un besoin et le greffe aux tics grâce
l'aide de la population demandeuse (d'abord), des bailleurs et pourquoi pas
du gouvernement. Ainsi, la vulgarisation des tic serai plus ou moins facile.
D'autres pensent que le mode de dissémination des nouvelles technologies
dans le monde rural doit être progressif. Car les villages proches d'une
zone connectée sont plus demandeurs que les autres.
Avec l'influence des TIC, on craint que l'Afrique rurale ait du mal à
conserver encore des valeurs propres à elle non encore gravement altérées
telles l'hospitalité, la disponibilité
Seydina se pose cette
question "Est-ce qu'on pense vraiment que l'accès aux nouvelles
technologies en soi pourrait être une voie de sortie en cas de famine
dans ces zones rurales ? Je ne crois pas du tout", répond t-elle
par la même occasion.
Or les tics sont, entre autres, des moyens qui permettent de sortir de l'isolement,
de l'ignorance, de s'affirmer, d'échanger, d'appeler au secours en somme
d'aider son prochain et de s'aider. Et ce n'est pas parce qu'on "meurt
de faim" qu'on
ne doit pas s'instruire, qu'on ne doit pas avoir accès aux tics.
Les personnes ayant contribué sont :
Javier Simó
Alain ROBLIN DEMONT
Natsy Missamou
Seydina Ndiaye
Bruno OUDET
Bertil WILLOTTE
Cyrille Simard
Patricia FIDI
Ken Lohento
Christian Akplogan
Guy Raoul GBAGUIDI
SEAN KEAN
Ramata SORE
Djilali BENAMRANE
Pour de plus amples informations, vous pouvez consulter les archives de la liste
de discussion à l'adresse suivante :
http://fr.groups.yahoo.com/group/africa_net/