Forum I- Benin

 

Amélioration de la connectivité au Bénin

1/ Internet au Bénin par Pierre Dandjinou, Président de ISOC-BENIN, Texte intégral du document introductif au format Microsoft Word.
2/ Connectivité au Bénin par Pierre Dovonou,Directeur de la Fondation de l'Entrepreneurship du Bénin. Texte intégral au format Microsoft Word.

 

Développement de l’Internet au Bénin

Un commentaire récurrent dans le paysage médiatique béninois et dans le cercle des professionnels est que le pays, après avoir été l’un des tout premiers a connaître une connexion a l’Internet en Afrique de l’Ouest, se retrouve aujourd’hui presque en dernière position. En effet, alors qu’en 1995 le sommet de la francophonie apportait dans ses valises un accès modique de 64kbts /s, le Bénin devenait le 5e pays africain a s’ouvrir a l’Internet. Cinq années après, on observe une évolution et une généralisation de l’utilisation des services de l’Internet aux coins des rues et dans les entreprises et chez quelques rares particuliers. Cependant, il est admis que le pays n’a pas assez fait pour s’approprier l’Internet et les nouvelles technologies et le sentiment partage est celui d’une aventure  non coordonnée et non maîtrisée, tant par le fournisseur  principal  d’accès - l’OPT- , les prestataires de services Internet et enfin les pouvoirs publics.

Le développement de l’Internet au Bénin se décline dans les termes ci-après :

·        Modicité de la bande passante : elle se compose de deux accès de 128kbits et de 64kbits, qui tous deux  ont été réalisées soit dans le cadre de l’initiative Leland de l’Usaid, ou grâce au sommet de la francophonie ; on observe que pratiquement tous les pays de  la sous région ont déjà réalisé des accès au delà du  1megabit/s. Le Sénégal par exemple annonce une largeur de bande passante de 34 Mo.

·        Absence d’un backbone national pouvant permettre de développer des points d’accès au niveau local et de réduire les coûts d’accès ;

·        Tarifs de l’opérateur national stationnaires depuis 4 ans, sans grande transparence pour l ‘utilisateur, qui par ailleurs subit de plus en plus une lenteur inexpliquée de l’accès, et donc une augmentation de sa facture téléphonique ;

·        Peu d’utilisation de technologies  alternatives de type liaisons radio par boucle locale pour accélérer le raccordement des usagers ;

·        Absence d’un dialogue entre prestataires de services Internet et fournisseurs d’accès ;

·        Accroissement de cybercafés  dont la grande fréquentation témoigne de l’engouement des populations ;

·        Absence d’un dialogue national sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’Internet en particulier : les actions de sensibilisation et de promotion  menées par des Ongs telles que Isoc Benin et  Oridev restent encore marginales, même si des efforts se font pour faire de la fête de l’Internet un élément fédérateur de tous les acteurs de l’Internet au Bénin ;

·        Multiplicité d’ initiatives souvent conçues a partir de l’extérieur et  visant à étendre l’usage de l’Internet au sein de l’administration et a promouvoir son usage a des fins de développement sont notables : on citera volontiers le Centre d’enseignement a distance (CED), qui sur un prêt de la Banque mondiale, permet au pays de disposer d’un centre multimédia de formation a distance et d’un accès par satellite a 512kbps/s ; le projet SDNP  du Programme des Nations Unies pour le développement, annonce des ambitions d’un intranet national et a déjà réussi a faire du Bénin l’une des premières académies régionales Cisco de l’Afrique de l’Ouest ; des projets tels que le Page qui ont vise l’informatisation de l’administration, ou encore ceux du domaine du développement rural, de la justice , de l’éducation,  de la santé et du commerce connaissent des fortunes diverses.

·        Mise en œuvre progressive de sites, de portails d’information et listes de discussion sur le Bénin, qui attendent désormais d’être mieux connus et promus ; et

·        Inexistence d’un cadre réglementaire et législatif concerte pour traiter des problèmes lies au développement des NTIC, notamment la provision de licences aux opérateurs, la gestion des fréquences radio, l’arbitrage des disputes, la gestion du nom de domaine .bj, et enfin les recours et plaintes des usagers.

Au total, de 1995 a 2000, le Bénin aura connu un développement lent et incertain de l’Internet. L’une des raisons majeures est l’absence d’un réel plan de développement au sein de l’opérateur unique des télécommunications ; l’autre raison est le peu d’intérêt manifeste par les pouvoirs publics qui n’ont pas encore pu doter le pays d’une réelle stratégie d’appropriation de l’Internet et se sont contentes jusqu'à présent d’initiatives venues de l’extérieur.

Quelques signes montrent cependant que le Bénin pourrait bientôt laisser sa position de bon dernier pour connaître un essor de l’Internet : il s’agit de la privatisation prochaine de l’opérateur national des télécommunications qui par ailleurs a entrepris un chantier de modernisation de ses infrastructures avec la pose de fibres optiques jusqu'à Parakou ainsi  la réalisation d’un backbone Internet , objet d’un appel d’offres international en cours de dépouillement; il s’agit également de la décision concernant la suppression des taxes et doits d'entrée pour le matériel informatique.

La promotion d’une structure nationale de concertation et d’actions pour le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’implication effective du secteur prive dans une stratégie visant à bâtir une expertise et une  industrie nationale des NTIC, le développement d’un modèle économique spécifique pour les cybercafés et les télécentres communautaires sont autant d’actions concrètes auxquelles devront s’atteler l’Etat et la société civile béninoise pour enfin sortir le pays de sa quasi léthargie des cinq dernières années.

Pierre Dandjinou, Président de ISOC-BENIN

 

 

THEME : Connectivité au Bénin

L’usage de l’internet s’inscrit de plus en plus dans la vie quotidienne d’une frange importante des Béninois. La preuve est le nombre sans cesse grandissant des abonnés enregistrés au niveau des Fournisseurs d’Accès à l’Internet (FAI) au Bénin et la foule qui prend d’assaut les cybercentres qui ne désemplissent pas tout au long de la journée et tard dans la nuit. Tout le monde veut se connecter à l’internet et au même moment. Cette situation crée ce que nos voisins du Nigéria appellent « go slow », c’est-à-dire un véritable embouteillage que les serveurs ne peuvent gérer. Et quand on arrive après plusieurs tentatives à être connecté, le débit (128 000 kbps) ne permet pas certaines opérations sur internet. Les téléchargements sont difficiles avec la menace permanente d’une coupure de connexion qui vous oblige à retenir votre souffle, la téléphonie sur internet donne des sons affreux, les visites virtuelles montrent des images hachées, les salons de bavardage ne permettent pas toujours les réponses instantanées, etc.

Cette situation ne paraît pas trop perceptible si c’est seulement ici au Bénin que vous utilisez internet. Mais si vous avez la chance d’avoir utilisé internet dans les pays de l’occident ou même dans certains pays africains qui se sont connectés au net bien après le Bénin, vous manquerez de mots pour décrire le calvaire que vivent les internautes au Bénin.  On dira que comparaison n’est pas raison, n’empêche qu’il faut comparer pour avancer.

Ce tableau très peu reluisant pose le problème de la connectivité du Bénin à l’internet.

Les responsables du Beninpac, le service qui s’occupe du réseau internet à l’OPT, ne sont pas indifférents à l’état piteux de l’internet au Bénin puisque c’est la même liaison qu’ils utilisent pour leurs besoins. Ils ont envie d’augmenter la capacité du nœud qui lie le Bénin à l’internet. Mais point n’est besoin d’être un devin avant de savoir que le problème réel de l’internet au Bénin réside dans le fait que ceux qui ont le pouvoir de décision pour faire développer internet n’utilisent pas internet. Les utilisateurs de l’internet au Bénin sont avant tout des gens qui veulent réduire les dépenses de communications, des gens qui ne peuvent pas toujours appeler au téléphone leur correspondant qui se trouve à Lomé tout près, autrement dit des gens aux ressources limitées. Et pendant ce temps ceux qui ont le pouvoir de décision ont les moyens et la possibilité d’appeler plusieurs fois au téléphone et dans la même journée un correspondant qui se trouve à Saskatchewan au Canada. Ils peuvent parler à qui ils veulent et où ils veulent, comment voulez-vous qu’ils utilisent le courriel. Ils peuvent voyager et aller chercher l’information où ils veulent, comment voulez-vous qu’ils naviguent sur internet.

En dépit des dispositions qui sont actuellement en train d’être prises pour améliorer la connectivité du Bénin à l’internet, l’objectif de ce débat en ligne se résume à la réponse aux deux questions suivantes :

1 – Dans l’immédiat, qu’est-ce qu’il faut faire pour que le Bénin sorte la tête de l’eau quant aux difficultés de connexion à l’internet et avoir une veillée technologique pour ne plus se faire distancer par les autres pays dans les NTICs ?

2 – Comment allons-nous amener les autorités qui ont le pouvoir de décision à s’intéresser à l’internet  ?

Pierre DOVONOU LOKOSSOU
Directeur de la Fondation de l’Entrepreneurship du Bénin
et de la Place du Québec – Cotonou
Membre CA ORIDEV - Tél 91 20 01
Email : pierredovonou@moncourrier.com